I . Données
générales :
-
Titre de l’œuvre : L’art français de la
guerre
Le titre fait allusion au
premier traité militaire de l’histoire, L'art de la guerre de Sun
Tse
-
Genre : Roman
-
Nom de l’auteur :Alexis Jenni
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Nom de la maison d’édition : Éditions Gallimard
-
Année de parution : 2011 (Prix Goncourt 2011)
II. Travail sur
l’œuvre :
1. Présentation et
caractérisation des personnages principaux :
Le narrateur : c’est un personnage qui a perdu tout, son travail
de gestion de ressources humaines, sa femme, l’illusion de vivre. Il retourne
à Lyon, sa ville d’origine, où va connaître à Victor Salagnon.
Victorien Salagnon: c'est un vétéran de toutes les guerres
contemporaines de la France après la deuxième guerre mondiale; très âgé,
grognard et solitaire. Le narrateur lui connaîtrera par hasard. Sa vie sera le
fil conducteur du roman. Le narrateur sera attiré par les expériences de Victorien dans les guerres (résistant dans la
deuxième guerre mondiale, parachutiste dans les guerres de l’Indochine et de
l’Algérie) et par sa vision de la violence. La peinture sera
sa vrai vocation et son secours spirituel.
Eurydice Kalagamis: c’est la femme judéo-grecque de Victorien Salagnon. Ils se sont connus dans la Résistance. Après la guerre, elle
habitera à Alger où elle va rencontrer avec Victor en pleine guerre
d’indépendance. Elle représentera les sentiments les plus nobles et l’innocence
perdue de Victor.
Mariani: c’est le camarade de Salagnon dans l’armée.
Pragmatique et cynique, il représente
l’instinct de survie dans les pires situations. Il évitera de penser de plus dans
les actions les plus violentes ou dans l’acceptation des ordres injustes.
2. Thèmes abordés et de
quelle manière (comique, dramatique…, effets de style):
Ce roman c’est un parcourt pour tous les
conflits et guerres de la France contemporaine grâce à l’amitié entre le
narrateur et Victor, qui va permettre de confronter le passé et le présent. Tous
les sujets les plus controversés comme le collaborationniste, la torture, les
massacres coloniales, seront abordés. Cette narration est une guerre civile
perpétuelle sans exaltations patriotiques. À la manière de Joseph Conrad,
l’auteur fait un voyage au cœur des ténèbres où l’horreur est partout.
Grâce à son style agile, cependant plein de
descriptions lyriques, la narration se développe de manière presque
cinématographique avec de flash-back. Les références au cinéma sont très
explicites (Apocalipsis New de F :F. Coppola pour l’Indochine et La
Bataille d’Alger de G.Potecorvo qui est commenté et analyse dans le roman).
Pourtant on parle des autres guerres. Il y a
une vision plus vaste de la guerre (l’art français de la guerre), on parle de
la guerre sociale : « Le travail c’est la guerre, la femme est une
prise, la vie est une conquête».
.
3. Résumé de l’histoire
La première guerre du Golfe commence. En pleine crise personnelle, le narrateur fait la
connaissance de Victorien Salagnon, un ancien vétéran des guerres coloniales,
qui est aussi peintre. Il va lui enseigner l’art du dessin à l’encre. À travers
les souvenirs de Salagnon nous assisterons à toutes les aventures militaires et
amoureuses de cet anti-héros. La violence dans les banlieues comme aussi avec les incendies des voitures
qui sera le prélude d’une révolte générale. C’est la guerre qui ne nous abandonne jamais.
4. Sélectionnez un
passage qui vous a particulièrement plu (précisez clairement la page et les
lignes) et dites pourquoi :
4.1. La histoire des massacres militaires
d’un pays ne sont pas connues. Pour construire la mémoire nationale il faut
cacher l’histoire de manière que personne ne la questionnera. L’identité
nationale est une construction fausse qui évite les passages d’ombres de son
Histoire.
« L’armée en France est un sujet qui
fâche. On ne sait pas quoi penser de ces types, et surtout, pas quoi faire. Ils
nous encombrent avec leurs bérets, avec leurs traditions régimentaires dont on
ne voudrait bien savoir, et leurs coûteuses machines qui écornent les impôts.
L’armée en France est muette, elle obéit ostensiblement au chef des armées ce
civil élu qui n’y connaît rien, qui s’occupe de tout et la laisse faire ce
qu’elle veut. En France on ne sait pas penser des militaires… (page 12, lignes
31 et 36 et page 13, lignes 1 et 2),
Le silence après la guerre est toujours la
guerre…..Voyez vous, je suis sûr que
vous avez détesté l’armée sans rien en connaître… (page 45, lignes 10, 13 et
14).
4.2. Une autre manière d’interpréter la
Francophonie. L’historie récente de la France c’est une guerre civile continue.
« En quoi me ressemblent-ils ces enfants
noirs et bruns qui s’agitaient en hurlant sur des balançoires à ressort ?
En quoi me ressemblent-ils ceux-là qui sont mon avenir à moi, enveloppé dans un
manteau d’hiver et assis sur un banc ? En rien visiblement, mais nous
avons bu au même lait de la langue. Nous somme frères de langue, et ce qui dit
en cette langue nous l’avons entendu ensemble ; ce qui se murmure en cette
langue nous l’avons compris ; tous avant même de l’entendre. Même dans
l’invective, nous nous comprenons, Elle est merveilleuse cette expression qui
dit :nous nous comprenons. Elle décrit un entrelacement intime où chacun
est une partie de l’autre, figure impossible à représenter mais qui est
évidente du point d’une langue ; nous sommes entrelacés par la compréhension intime de la langue. Même
l’affrontement ne détruit pas ce lien. Essayez de vous engueuler avec un
étranger : ce n’est jamais plus que
de se heurter à une pierre. Ce n’est qu’avec l’un des siens que l’on peut
vraiment se battre, et s’entre-tuer; entre soi.
( page 461, lignes 7-23).
4.3.
Le titre est explicité dans ce paragraphe. Un pays qui ne connaît pas
son historie est destiné à sa
répétition.
« En silence derrière la vitre du bus
j’allais apprendre à peindre. Le paysage changeait, la banlieue est sans cesse
rebâti, rien ne s’y conserve sinon par oubli. Je rêvais , je pensais à l’art de
peindre, je regardais les formes flottes sur les vitres du bus. Alors j’aperçus
des policiers municipaux bien découplés, les hanches ceintes d’armes
incapacitantes. Ils allaient en groupes le long des larges avenues, ils
stationnaient autours d’un véhicule rapide rayé de bleu, muni d’un gyrophare ,
ils étaient de faction bras croisés, armes pendantes, à l’angle des centres
commerciaux. Cela me fit un choc : je compris à cette seule image la
violence se répand mais garde toujours la même forme. Il s’agit toujours, en
petit ou en grand du même art de la guerre. (page 472, lignes 26-35 et page
473, lignes 1-3).
4.4. L’indépendance de l’Algérie c’est un évènement
presque tabou. C’est une blessure qui
n’est pas cicatrisée aujourd’hui. Le
drame des pieds noirs ou des collaborationnistes algériens doit passer sous
silence à cause des tortures et violation des droits humains de l’armée
française sur la population civile.
« Je trouve tragique que l‘Algérie
française ait disparue. Je ne dis pas « injuste », ni «dommage»,
mais «tragique». Elle existait, fut créée quelque chose fut crée où l’on vivait,
et il n’en reste rien. Qu’elle fût fondée sur la violence ; sur
l’injustice de la séparation des races, sur un prix humain ignoble payé chaque
jour, ne la diminue en rien, car l’être n’est pas une catégorie morale.
L’Algérie française était, elle n’est plus. C’est tragique pour un million de
personnes effacées de l’Histoire sans avoir le droit de dire leur tristesse.
C’est tragique pour soixante-quatorze députés qui se levèrent à l’Assemblée et
sortirent pour n’y plus revenir car ils ne représentaient plus rien. C’est
tragique pour le million d’algériens qui vivaient en France que l’on appelait
Musulmans pour les différenciés de ceux Français qui vivent en Algérie et à qui
on retira la nationalité française car un autre pays s’était crée au loin. La
confusion de noms était totale. On renomma. Tout devint clair. Mais on ne
savait plus de quoi on parlait. Et les jeunes gens d’ici qui ressemblent à ceux
de là-bas, à qui on n’accorde pas ici l’être plein et entier du fait d’un
héritage confus, veulent qu’on les appelle musulmans, comme là-bas auparavant, mais sans majuscule,
cela leur donnerait une dignité en remplacement de celle qu’on leur refuse. La
confusion est totale. La guerre est proche, elle nous soulagerait. La guerre
soulage car elle est simple.
- Une simplicité que je ne souhaite plus,
marmonna Salagnon.
- Alors, il faut
réécrire l’Histoire, l’écrire volontairement avant qu’elle ne se gribouille
d’elle-même. (page 604, lignes 6-32).
4.5. Une
définition d’être français qui est liée
au connaissance de l’histoire
« Les violences au sein de l’Empire nous ont brisés ; les
contrôles maniaques aux frontières de la nation nous brisent encore. Nous avons
inventé la nation universelle ; concept un peu absurde mais merveilleux
par son absurdité même, car des hommes nés à l’autre bout du monde pouvaient en
faire partie. Qu’est-ce qu’être
français ? Le désir de l’être et la narration de ce désir en français,
récit entier qui ne cache rien de ce qui fut ni l’horreur, ni la vie qui advint
quand même » (page 605, lignes 19-26).
Miguel Ángel

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