lundi 7 janvier 2013

Fiche de lecture: L'art française de la guerre




I . Données générales :

-          Titre de l’œuvre : L’art français de la guerre

Le titre fait allusion au premier traité militaire de l’histoire, L'art de la guerre de Sun Tse

-          Genre : Roman
-          Nom de l’auteur :Alexis Jenni
-          Nom de la maison d’édition : Éditions Gallimard
-          Année de parution : 2011 (Prix Goncourt 2011)

II. Travail sur l’œuvre :

1.      Présentation et caractérisation des personnages principaux :
Le narrateur : c’est un personnage qui a  perdu tout, son travail de gestion de ressources humaines, sa femme, l’illusion de vivre. Il retourne à Lyon, sa ville d’origine, où va connaître à Victor Salagnon.
Victorien Salagnon: c'est un vétéran de toutes les guerres  contemporaines de la France après la deuxième guerre mondiale; très âgé, grognard et solitaire. Le narrateur lui connaîtrera par hasard. Sa vie sera le fil conducteur du roman. Le narrateur sera attiré par les expériences de Victorien dans les guerres (résistant dans la deuxième guerre mondiale, parachutiste dans les guerres de l’Indochine et de l’Algérie) et par sa vision de la violence. La peinture sera sa vrai vocation et son secours spirituel.
Eurydice Kalagamis: c’est la femme judéo-grecque de Victorien Salagnon. Ils se sont connus dans la Résistance. Après la guerre, elle habitera à Alger où elle va rencontrer avec Victor en pleine guerre d’indépendance. Elle représentera les sentiments les plus nobles et l’innocence perdue de Victor.
Mariani: c’est le camarade de Salagnon dans l’armée. Pragmatique  et cynique, il représente l’instinct de survie dans les pires situations. Il évitera de penser de plus dans les actions les plus violentes ou dans l’acceptation des ordres injustes.

2.      Thèmes abordés et de quelle manière (comique, dramatique…, effets de style):

Ce roman c’est un parcourt pour tous les conflits et guerres de la France contemporaine grâce à l’amitié entre le narrateur et Victor, qui va permettre de confronter le passé et le présent. Tous les sujets les plus controversés comme le collaborationniste, la torture, les massacres coloniales, seront abordés. Cette narration est une guerre civile perpétuelle sans exaltations patriotiques. À la manière de Joseph Conrad, l’auteur fait un voyage au cœur des ténèbres où l’horreur est partout.
Grâce à son style agile, cependant plein de descriptions lyriques, la narration se développe de manière presque cinématographique avec de flash-back. Les références au cinéma sont très explicites (Apocalipsis New de F :F. Coppola pour l’Indochine et La Bataille d’Alger de G.Potecorvo qui est commenté et analyse dans le roman).
Pourtant on parle des autres guerres. Il y a une vision plus vaste de la guerre (l’art français de la guerre), on parle de la guerre sociale : « Le travail c’est la guerre, la femme est une prise, la vie est une conquête».
.

3.       Résumé de l’histoire
La première guerre du Golfe commence. En pleine  crise personnelle, le narrateur fait la connaissance de Victorien Salagnon, un ancien vétéran des guerres coloniales, qui est aussi peintre. Il  va lui enseigner l’art du dessin à l’encre. À travers les souvenirs de Salagnon nous assisterons à toutes les aventures militaires et amoureuses de cet anti-héros. La violence dans les banlieues  comme aussi avec les incendies des voitures qui sera le prélude d’une révolte générale. C’est la guerre qui ne nous abandonne jamais.

4.      Sélectionnez un passage qui vous a particulièrement plu (précisez clairement la page et les lignes) et dites pourquoi :

4.1. La histoire des massacres militaires d’un pays ne sont pas connues. Pour construire la mémoire nationale il faut cacher l’histoire de manière que personne ne  la questionnera. L’identité nationale est une construction fausse qui évite les passages d’ombres de son Histoire.
« L’armée en France est un sujet qui fâche. On ne sait pas quoi penser de ces types, et surtout, pas quoi faire. Ils nous encombrent avec leurs bérets, avec leurs traditions régimentaires dont on ne voudrait bien savoir, et leurs coûteuses machines qui écornent les impôts. L’armée en France est muette, elle obéit ostensiblement au chef des armées ce civil élu qui n’y connaît rien, qui s’occupe de tout et la laisse faire ce qu’elle veut. En France on ne sait pas penser des militaires… (page 12, lignes 31 et 36 et page 13, lignes 1 et 2),
Le silence après la guerre est toujours la guerre…..Voyez vous, je suis sûr  que vous avez détesté l’armée sans rien en connaître… (page 45, lignes 10, 13 et 14).

4.2. Une autre manière d’interpréter la Francophonie. L’historie récente de la France c’est une guerre civile continue.
« En quoi me ressemblent-ils ces enfants noirs et bruns qui s’agitaient en hurlant sur des balançoires à ressort ? En quoi me ressemblent-ils ceux-là qui sont mon avenir à moi, enveloppé dans un manteau d’hiver et assis sur un banc ? En rien visiblement, mais nous avons bu au même lait de la langue. Nous somme frères de langue, et ce qui dit en cette langue nous l’avons entendu ensemble ; ce qui se murmure en cette langue nous l’avons compris ; tous avant même de l’entendre. Même dans l’invective, nous nous comprenons, Elle est merveilleuse cette expression qui dit :nous nous comprenons. Elle décrit un entrelacement intime où chacun est une partie de l’autre, figure impossible à représenter mais qui est évidente du point d’une langue ; nous sommes entrelacés par  la compréhension intime de la langue. Même l’affrontement ne détruit pas ce lien. Essayez de vous engueuler avec un étranger : ce n’est  jamais plus que de se heurter à une pierre. Ce n’est qu’avec l’un des siens que l’on peut vraiment se battre, et s’entre-tuer; entre soi.
( page 461, lignes 7-23).

4.3.  Le titre est explicité dans ce paragraphe. Un pays qui ne connaît pas son historie est  destiné à sa répétition.
« En silence derrière la vitre du bus j’allais apprendre à peindre. Le paysage changeait, la banlieue est sans cesse rebâti, rien ne s’y conserve sinon par oubli. Je rêvais , je pensais à l’art de peindre, je regardais les formes flottes sur les vitres du bus. Alors j’aperçus des policiers municipaux bien découplés, les hanches ceintes d’armes incapacitantes. Ils allaient en groupes le long des larges avenues, ils stationnaient autours d’un véhicule rapide rayé de bleu, muni d’un gyrophare , ils étaient de faction bras croisés, armes pendantes, à l’angle des centres commerciaux. Cela me fit un choc : je compris à cette seule image la violence se répand mais garde toujours la même forme. Il s’agit toujours, en petit ou en grand du même art de la guerre. (page 472, lignes 26-35 et page 473, lignes 1-3).

4.4. L’indépendance de l’Algérie c’est un évènement presque tabou. C’est une  blessure qui n’est pas cicatrisée  aujourd’hui. Le drame des pieds noirs ou des collaborationnistes algériens doit passer sous silence à cause des tortures et violation des droits humains de l’armée française sur la population civile.
« Je trouve tragique que l‘Algérie française ait disparue. Je ne dis pas « injuste », ni «dommage», mais «tragique». Elle existait, fut créée quelque chose fut crée où l’on vivait, et il n’en reste rien. Qu’elle fût fondée sur la violence ; sur l’injustice de la séparation des races, sur un prix humain ignoble payé chaque jour, ne la diminue en rien, car l’être n’est pas une catégorie morale. L’Algérie française était, elle n’est plus. C’est tragique pour un million de personnes effacées de l’Histoire sans avoir le droit de dire leur tristesse. C’est tragique pour soixante-quatorze députés qui se levèrent à l’Assemblée et sortirent pour n’y plus revenir car ils ne représentaient plus rien. C’est tragique pour le million d’algériens qui vivaient en France que l’on appelait Musulmans pour les différenciés de ceux Français qui vivent en Algérie et à qui on retira la nationalité française car un autre pays s’était crée au loin. La confusion de noms était totale. On renomma. Tout devint clair. Mais on ne savait plus de quoi on parlait. Et les jeunes gens d’ici qui ressemblent à ceux de là-bas, à qui on n’accorde pas ici l’être plein et entier du fait d’un héritage confus, veulent qu’on les appelle musulmans,  comme là-bas auparavant, mais sans majuscule, cela leur donnerait une dignité en remplacement de celle qu’on leur refuse. La confusion est totale. La guerre est proche, elle nous soulagerait. La guerre soulage car elle est simple.
- Une simplicité que je ne souhaite plus, marmonna  Salagnon.
- Alors, il faut réécrire l’Histoire, l’écrire volontairement avant qu’elle ne se gribouille d’elle-même. (page 604, lignes 6-32).
            4.5.  Une définition  d’être français qui est liée au connaissance de l’histoire
« Les violences au sein de l’Empire nous ont brisés ; les contrôles maniaques aux frontières de la nation nous brisent encore. Nous avons inventé la nation universelle ; concept un peu absurde mais merveilleux par son absurdité même, car des hommes nés à l’autre bout du monde pouvaient en faire  partie. Qu’est-ce qu’être français ? Le désir de l’être et la narration de ce désir en français, récit entier qui ne cache rien de ce qui fut ni l’horreur, ni la vie qui advint quand même » (page  605, lignes 19-26).

Miguel  Ángel  

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